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Alors casser
les murs, oui, mais avec une vision prospective des conséquences.
Si la fermeture des centres hospitaliers spécialisés
est la condition sine qua non de la mise en place de structures
alternatives, il faut, en parralèlle dune structure
communautaire, envisager lévolution du patrimoine
psychiatrique à moyen et long terme. Tous les établissements
actuellement en fonctionnement ne présentent pas les
mêmes caractéristiques. Leur seul point commun
est le caractère obsolète de leurs structures
dhébergement en termes de typologie et de confort,
que des opérations de restructuration ne projettent
pas dans la perspective dune politique de rapprochement
entre lusager et le soin. Tout simplement parce que,
si pertinentes et si soucieuses du confort des utilisateurs
que soient ces opérations, elles nagissent pas
sur la localisation ni sur le poids de lhistoire du
lieu. Le rapport à la ville ne sen trouve pas
amélioré et la distance entre le lieu du soin
et la cité, c'est-à-dire lusager, perdure.
Pour des CHS se trouvant implantés en ville, des opérations
de restructuration générales peuvent répondre
favorablement à nos préoccupations. Des passerelles
entre la ville et lhôpital sont à inventer
au niveau de lusage des lieux. Cest alors la cité
qui entre à lhôpital. Les espacements qui
se trouvent entre les bâtiments peuvent servir de lieux
daccueil et de mélange des populations.
Il se pourrait même que dans certains cas, le travail
sur le statut des espaces non bâtis puisse à
lui seul générer une amélioration notable
de la prise en charge, sans que les bâtiments aient
été modifié, même si lamélioration
des conditions de confort restent une priorité.
Soyons donc vigilant à ce que le budget alloué
à ces opérations soit judicieusement utilisé.
Le confort personnel se trouve parfois mieux garanti par une
intervention sur les espaces collectifs que sur la chambre
elle-même, toute proportion gardée bien entendu.
Ceci montre lintérêt quil y a à
élargir le plus possible le champ de la réflexion
et pointer du doigt le fait que la modernisation des lieux
de prise en charge nest pas quune affaire darchitecture.
Létude de leur histoire, de leurs pratiques sociales,
de leurs liens avec la cité sont à intégrer
le plus tôt possible dans le processus délaboration
du projet. Dou limportance dune programmation
qui prend en compte ces caractéristiques très
en amont. La dimension spatiale et la dimension médicale
du projet peuvent être concomitantes, non pour produire
le plus vite possible un objet architectural, mais pour envisager
à chaque étape de la réflexion le cadre
dans lequel elle peut prendre corps. Ainsi, la question de
la localisation du projet, primordiale à lapplication
des intentions médicales, peut très rapidement
valider la faisabilité de lopération.
Cest aussi un support de réflexion qui permet
dintégrer les dimensions physiques, rationnelles
et pragmatiques dans lélaboration des fonctionnalités.
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Aucune pratique sociale ne peut exister sans support physique,
qui na dailleurs pas besoin dêtre
construit. Une surface horizontale peut suffire, pour peu
quelle soit délimitée.
Ne pas diaboliser l'hôpital psychiatrique
Les hôpitaux psychiatriques actuellement en fonctionnement
ne sont pas un obstacle à lévolution
de la prise en charge en santé mentale. Leur classement
définitif et irrévocable en tant que point
dancrage dune situation archaïque devenue
obsolète ne sert pas une stratégie de remise
en cause et de développement. Lanalyse de leur
statut, le diagnostic technique de leurs structures, létude
de leur rapport à la ville doivent déterminer
le meilleur scénario dévolution entre
la conservation, la restructuration, la démolition
ou labandon. A partir de là, plutôt que
de les considérer comme un mur infranchissable au
pied duquel le cheval de la modernisation psychiatrique
va piétiner éternellement, mieux vaut les
considérer, selon les options retenues, comme des
laboratoires dexpérimentation spatiale, des
sources de revenus fonciers ou des tremplins vers un avenir
plus serein.
La prise en compte de la transformation des infrastructures
en même temps que celle des prises en charge est la
garantie de pouvoir donner un cadre physique cohérent
à lévolution désirée.
Lattitude extrémiste qui consiste à
les fermer pour être acculé au changement,
risque dempêcher la mise en uvre dune
révolution qui, si ambitieuse quelle soit,
restera une uvre intellectuelle et philosophique de
piètre intérêt pour les usagers.
Compte tenu de la valeur du foncier en ville, les implantations
urbaines sont difficiles. Et même si, selon leurs
emplacements, certaines de ces structures plus ou moins
asilaires représentent des enjeux économiques
importants, les déménagements globaux sont
souvent impossibles du fait de lincapacité
économique à mettre en place préalablement
les structures alternatives.
Dune certaine manière, il faut faire avec,
tout en oeuvrant à la réhabilitation de limage
de la psychiatrie qui passe par lutilisation de nouveaux
registres architecturaux.
Mais larchitecture ne se réduit pas à
la juxtaposition de mètres carrés. Il y est
aussi question des hommes et de lusage quils
font de leur espace.
Fermer ou transformer les asiles en abattant leurs murs,
même si cest un passage obligé, ne suffit
pas à résoudre le problème de la cohérence
entre la prise en charge et le lieu où elle seffectue.
Il faut accompagner cette démarche dune prise
de conscience de la spécificité du soin psychiatrique
et, par là même, de son cadre.
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